Journal Anthropoexcentrique


featuring Grenotte and friends

Eloge de l'anti-humanisme

L'anthropoexcentrisme emprunte les voies périlleuses (périlleuses en ces temps où les mots ne font sens qu'en termes d'adhésion et de rejet) de l'anti-humanisme. L'anti-humanisme n'est pas anti-humain, l'anti-humanisme ne souhaite ni ne prophétise les calamités (bien au contraire). Il s’interroge simplement sur la place d'exception que nous nous sommes arrogée quand la figure de dieu a commencé à nous lasser. L'humanisme n'est qu'une autre chimère, une autre idolâtrie égoïste, égotiste, servant à justifier par la raison, la morale et la science notre tendance à l'hyper-prédation, à l'hyper-expension. Nous avons inventé le crime contre l'humanité, mais ne nous sommes toujours pas résolu à inventer le crime contre le vivant, qui est pourtant l'abus ultime, puisqu'il englobe tous les abus et nous conduit, chaudement vêtus de nos certitudes, vers notre perte, notre perte et celle de tant d'autres êtres précieux et magnifiques.

À lire  :
La Violence de l'humanisme de Patrick Rouget, aux éditions Calmann-Lévy.


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L'humanisme en action à l'abattoir de Chicago.

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"Car n'est-ce pas le mythe de la dignité exclusive de la nature humaine qui a fait essuyer à la nature elle-même une première mutilation, dont devaient inévitablement s'ensuivre d'autres mutilations ? On a commencé par couper l'homme de la nature et par le constituer en règne souverain ; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable : qu'il est d'abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu'au terme des quatre derniers siècles de son histoire l'homme occidental ne put-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité en accordant à l'une tout ce qu'on retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d'un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l'amour-propre son principe et sa notion." Claude Levi-Strauss.

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Mythe qui a la vie dure : le chien est un loup domestiqué. Non, la seule chose que l'on puisse affirmer, c'est que le chien et le loup ont un ancêtre commun, dont, jusqu'à présent, on ne sait que peu de choses. Fonder une éthologie canine par l'observation du comportement des loups, loups captifs en général, loups altérés par le seul fait de l'observation, est absurde. Mot à bannir concernant le loup comme le chien : meute. Les chiens ne s'organisent à meute que lorsqu'ils y sont contraints par les humains. Les loups constituent des clans familiaux qui comptent rarement plus d'une dizaine d'individus. La meute est un autre mythe indéboulonnable.
Les mots humains ne peuvent véhiculer que des concepts humains. Ainsi en est-il du mot « dominant » et de son antonyme qui ne disent rien de pertinent des relations animales, mais disent beaucoup de la brutalité des relations humaines. On conseillera à l'humain d'être le dominant de son chien sous peine d'en devenir le dominé. Étroitesse et férocité d'esprit, incompréhensible pour le chien, et dont le loup se gausserait s'il pouvait l'entendre. L'humain, ballot et rustre, ne peut imaginer d'organisation sociale sans hiérarchie ni violence. Tout le langage relationnel canin tend vers l'évitement de la violence, vers l'apaisement des tensions. Il y a des échecs, vécus comme tels, mais rien de comparable à ce que l'humain s'inflige (et dont il se fait une gloire).

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"Ce monde n'a pas été fait en vue de l'homme plutôt qu'en vue du lion, de l'aigle ou du dauphin."

Celse.


L'anthropoexcentrisme est une expérience de pensée, un changement de posture : remettre l'humain à sa juste place parmi le monde animal. L'humain est le seul animal à se considérer en tant qu'espèce, à s'inventer une destinée, à se croire investi d'un rôle particulier. Bouffi de vanité, sûr de son droit de propriété sur le monde, sûr du pouvoir de son langage, sûr du caractère électif et singulier de sa genèse et de son évolution, il est l'être le plus infréquentable de cette planète.